À la défense d’un salaire minimum à 15$

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Le débat sur le salaire minimum fait rage depuis déjà plusieurs mois et dans chaque camp idéologiques, les gens montent facilement aux barricades pour défendre leur position. Je ne le cacherai pas et ce sera assez transparent, idéologiquement, je me range derrière une hausse du salaire minimum à 15 $. Si ce n’est que pour défendre la décence humaine et le droit à un revenu capable de couvrir le coût de la vie.

Seulement, face à une pensée comptable et les théories classiques économiques que j’ai moi-même étudiées, la défense de la décence humaine a peu de poids. En fait, lors d’un argument économique sur la question du salaire minimum, c’est la courbe de l’offre et de la demande qui règne et il est impossible d’argumenter contre le désastre que serait la hausse du salaire minimum. La logique est assez simple, une hausse coûte plus cher aux entreprises, perdant des marges de profits et leur avantage compétitif par le même fait. Les emplois sont aussi dévalués et moins de personnes peuvent avoir accès à ces postes d’entrée, augmentant le taux de chômage et les dépenses publiques. Simple et rigoureux, n’est-ce pas? Pas exactement si vous voulez mon avis.

Ces réflexions et argumentations ont beaucoup de sens tant qu’on reste dans les cadres de la courbe de l’offre et de la demande. Je dirais même que répondre à cette question en se contentant est à peu près l’équivalent de répondre exceptionnellement bien à un examen de mathématique et baser toute sa réflexion sur le fonctionnement du monde sur les quelques questions qui s’y trouve. Le problème du cadre microéconomique est aussi se qui se trouve à ses fondements, soit le présupposé que « pour toutes choses égales ailleurs », le changement d’une donnée dans l’équation dans le graphique.

C’est là le plus grand problème de la pensée microéconomique. Elle réduit un changement qui aura un impact sur l’ensemble des finances et de l’économie publique à une question de plus et de moins dans une formule prédéterminée. Cet aveuglément idéologique est possiblement le plus grand crime de la microéconomie qui est coupable de prendre des raccourcis intellectuels pour prouver son point. Pourquoi ont-ils tord? Parce que dans cette situation et comme dans plusieurs autres, toutes choses ne sont PAS égales ailleurs. Tout le contraire, une hausse du salaire minimum, accompagnée d’autres politiques pour atténuer certains effets négatifs, nus permet de créer un électrochoc bénéfique pour l’économie et particulièrement les petites entreprises.

Une des failles idéologiques majeures est de penser que le salaire minimum n’affecte qu’une portion marginale de la population qui, pour quelques dollars de plus, pour des emplois possiblement temporaires, met un poids supplémentaire sur le dos de petites entreprises qui ont déjà des marges faibles, entre autres en restauration. Pourtant, comme il est possible de voir avec l’infographie plus bas, c’est plutôt le contraire. La majorité des gens au salaire minimum ne sont pas des adolescents ou étudiants à temps partiel, mais ce qui était autrefois le nerf central de nos industries la classe ouvrière. La majeure partie d’entre eux ont ces emplois à temps plein et s’en servent non pas comme revenue d’appoint, mais comme source de revenu principale. Ces gens sont le principal moteur économique dans leur foyer.

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Pourtant, en se fiant à plusieurs autres données essentielles pour comprendre l’enjeu, dont le coût de la vie qui dépasse de plusieurs milliers de dollars ce que quelqu’un peut remporter en travaillant au salaire minimum, on peut plus facilement comprendre le désastre qu’est un salaire minimum trop bas comme il l’est en ce moment. Ceci force plusieurs travailleurs, pour subvenir à leurs besoins, de dépendre de services sociaux et de crédits qui coutent cher à l’état. Que ce soit avec les banques alimentaires, les remboursements d’impôts ou les prêts et bourses pour les étudiants de familles à faible revenu, c’est l’ensemble de la société qui doit payer pour une quête éternelle des entreprises pour la compétitivité qui les mène temps après temps à réduire leurs salaires pour augmenter leurs marges de profit.

Une hausse du salaire minimum, quoi que choc réel à court terme pour les entreprises et la société, est pourtant une solution viable à long terme tant pour les employés que les employeurs qui verraient une injection de capital substantielle dans l’économie. Comment cela se fait? La réponse est simple,  le capital a besoin de circuler.

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Dans l’écosystème actuel, le capital s’accumule au sommet d’entreprises qui visent la rentabilité. Ces entreprises n’ont pas besoin de dépenser pour subvenir à leurs besoins et à participer à l’écosystème. C’est simple l’argent dort, change de mains sur les marchés financiers pour maximiser les profits et rarement retournent à la base, vers les employés qui eut ont besoin de capital pour subvenir à leurs besoins. Dans une situation où le capital se retrouverait entre les mains d’employés au salaire minimum qui tout à coup sont en mesure de répondre au coût de la vie, la réduction de leur précarité a un effet que les économistes classiques refusent de soulever : ils dépensent. Non seulement ils sont en mesure de répondre à leurs besoins de base, mais une partie de se capitale qui commence à s’accumuler peut d’un côté être épargné pour réduire leur dépendance future à des subventions, mais aussi leur donne la liberté de dépenser leurs gains comme bons leur semble.

Ainsi, les petites entreprises que les économistes néoclassiques tentent si maladroitement de défendre qui certes ont vu leurs dépenses augmentées avec la hausse des salaires voient maintenant et quasi automatiquement leurs revenus augmenter. L’effet néfaste d’une hausse du salaire minimum pourtant prédit par la loi de l’offre et de la demande et contrecarré par cette donnée autrement ignorée, mais essentielle pour comprendre le retour sur investissement que représente une hausse du salaire minimum. C’est sans compter tous les impacts positifs qu’une hausse pourrait avoir en augmentant la productivité et la motivation du travail et en réduisant les inquiétudes des employés. Redonner leur liberté aux travailleurs en leur sortant de la précarité est potentiellement le plus grand investissement que les entreprises pourraient faire

Vrai, une hausse seule du salaire minimum seule ne règle pas tous les problèmes, particulièrement pour les petites entreprises. Même là, des solutions sont assez simples et facilement accessibles. En réduisant le taux d’imposition pour les petites entreprises et en augmentant celui des entreprises plus grandes, il est possible de pallier les conséquences pour les entrepreneurs et les économies locales. C’est ce qui a été proposé par plusieurs partis et mouvements politiques progressistes et qui gagne de plus en plus en popularité dans les cercles économiques, de Thomas Piketty à Joseph Stiglitz. De tels genres de mesures demandent une étude approfondie des besoins et moyens des entreprises et de leurs employés, dans un bon cocktail qui tient compte de différents aspects, il est possible de trouver une formule gagnante qui facilitera une meilleure circulation du capital et le développement d’une économie plus juste et efficace.

La pauvreté et la précarité ne sont pas des choix personnels, c’est une conséquence de choix systémiques et aveugles qui ignorent la réalité. Le salaire minimum à 15 $, en a-t-on réellement de besoin? Oui, et de manière urgente. Pour réduire notre dépendance aux crédits et programmes sociaux et pour redonner un petit coup de vitalité à une économie circulaire qui encourage les commerces locaux, il s’agit d’un élément essentiel qu’on ne peut plus ignorer surtout si c’est uniquement pour respecter la rectitude de règles réductrices et bien franchement dépassées.

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